PODCASTZAP : La poudre épisode 41 avec Claire Nouvian
décembre 20, 2018

La poudre – Claire Nouvian

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L’urgence climatique est-elle une préoccupation de privilégiés de la société ? Voici l’une des questions de fond abordées avec Claire Nouvian, prix Goldman 2018 pour l’environnement, l’équivalent du prix Nobel. Une parole forte qui a compté et comptera encore pour nous convaincre de lutter face à l’immobilisme des gouvernants et des lobbies.

Lien vers l’épisode

Pourquoi écouter cet épisode de La Poudre

Cet épisode démarre par une claque, celle infligée par Lauren Bastide énumérant des statistiques impitoyables sur l’état des mers et des océans. Ce qui frappe ensuite à l’écoute, c’est le ton de la voix de Claire Nouvian, à la fois sensible, touchante et en même temps pleine d’assurance et de conviction face à ses engagements. L’engagement n’est pas un vain mot pour cette forte personnalité héritière de Cousteau et rescapée du tsunami du 24 décembre 2004 ayant causé 250000 morts en Asie du Sud-Est. Il en aura fallu du courage et de la sensibilité à cette guerrière pour qui l’impuissance de l’humanité face au défi climatique n’est pas une fatalité. Son témoignage décortique avec acuité les mécanismes aveuglant notre société face à l’urgence climatique. Une parole pleine d’humanité et de bon sens qui fait réfléchir et donne envie de comprendre et de s’engager de la part de cette femme investie qui aurait largement pu remplacer Hulot au gouvernement. N’hésitez pas à consulter le site de son ONG Bloom pour en savoir plus et précipitez-vous chez votre libraire pour lire les écrits de Günther Anders souvent cité par Claire.

Bonne écoute

L’invitée de l’épisode

Claire Nouvian est une militante écologiste ayant fondé l’ONG Bloom qu’elle préside aujourd’hui. Ancienne journaliste et réalisatrice de documentaire, elle s’est investie à fond pour faire interdire la pêche en eau profonde et a reçu en 2018 le prix Goldman pour l’environnement. Elle est également l’auteur du livre Abysses.

Verbatim

Le temps n’est pas à parler de son espoir, la question centrale est celle de l’action. L’action est un lieu d’échappement radical où l’on trouve de l’énergie, de la foi et du sens.

L’heure est grave. C’est fou qu’on ait réussi à mettre en péril la planète dans son intégralité en si peu de temps.

On se construit avec plus de solidité quand on a un regard porté par de l’amour et de la confiance. « Grandis mon enfant je t’aime », c’est comme cela qu’on se sent libre en tant que femme.

Quand on est précoce on n’est pas tout à fait normale. On se demande toujours si on est fou et d’où vient autant de souffrance et de sensibilité. On a du mal à trouver sa place et ça reste compliqué.

En visitant l’aquarium de Monterey en repérage pour un documentaire, j’ai découvert une exposition sur les grandes profondeurs avec des images de créatures sidérantes. J’ai été piquée au vif pour comprendre la faune de ces grandes profondeurs. Plus on s’enfonce, plus il y a de vie.

En plongeant à 1000 mètres de profondeur, j’ai ressenti une émotion extrême. Je fondais en larmes quand j’en parlais car on est dans l’utérus, dans le noir et le calme où passent des espèces fragiles et ahurissantes. J’avais l’impression que je venais de naître.

Il y a eu une bascule dans ma vie à ce moment-là. Je me suis dit qu’on ne pouvait pas laisser passer autant de beauté et laisser faire un massacre. Je me suis alors jurée de mettre fin à la pratique de la pêche profonde.

Je veux pouvoir me regarder dans la glace et être sûre d’avoir fait tout ce qui est en mon pouvoir pour essayer de régler l’énorme bazar qu’on a créé.

Notre faute c’est notre cerveau : nous sommes incapables de comprendre la globalité alors qu’on a développé des outils globaux. Notre échelle à nous reste individuelle.

Le sujet central de notre bascule est une question de recherche neurologique : comment adapter le passage d’un cerveau inadapté au défi de cet impératif d’humanité et de solidarité ? On sait que la coopération est notre seule issue alors que le seul discours qui porte est un discours individualiste et de repli sur soi à cause du mécanisme de la peur qui jette un voile sur toutes nos autres fonctions.

Si on arrivait à vaincre l’archaïsme de notre cerveau, on serait capable d’être dans l’abstraction sans avoir besoin de passer par des catastrophes pour se représenter l’urgence climatique.

Il faut rendre le crime de pédophilie imprescriptible.

Ce qui m’intéresse c’est sur quoi on peut militer pour changer nos politiques publiques pour les adapter à nos besoins.

Sans être encartée, je suis très politisée car c’est le lieu d’expression et de décision de notre trajectoire collective. Les politiques publiques ont une primauté totale sur le reste. Hors on est en déchéance de l’exercice car il n’y a plus de probité et on est dans la confusion des genres avec les lobbies.

Si vous êtes assailli d’incertitudes par rapport aux fondamentaux de la vie : la sécurité, l’alimentation, la santé ou l’éducation et que vous gardez de l’espace mental pour l’écologie, vous êtes un héros. Il ne peut pas y avoir de renouvellement de nos matrices de production et de consommation sans se poser la question de la solidarité.

Il faut lutter contre la facilité intellectuelle de prendre son écran et de regarder des contenus débiles qui nous sont servis par des médias qui ont un intérêt à faire en sorte que les gens restent dans cette débilité : regardez Fox News qui promeut des visions manichéennes de l’humanité avec des pensées à la serpe qui forgent des individus qui pensent à la serpe et qui amènent Trump au pouvoir.

Le Podcast La Poudre

La Poudre, podcast féministe ? Oui bien sûr, mais pas que. Lauren Bastide invite des femmes artistes, intellectuelles, journalistes, politiques pour parler de leur parcours, de leur vision de la femme et de leur engagement. On y découvre des personnalités issues de toutes les origines et tous les horizons. Mais La poudre c’est plus que cela. C’est aussi un moyen de s’interroger sur notre époque et sur l’évolution de la société. On écoute une conversation intime menée par la voix chaleureuse et envoutante de Lauren qui réussit chaque fois à faire sortir ses invitées d’un discours convenu. Elles parlent toutes avec leur cœur et leurs tripes. Intimité, authenticité, engagement, voilà tout ce qui ressort de l’écoute d’un épisode de La Poudre. Une bouffée d’air qui fait du bien qu’on soit féministe ou pas. Mais au fait ça évoque quoi la poudre pour vous ?

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