PODCASTZAP : Une sacrée paire d'ovaires - Françoise Héritier
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La valence différentielle des sexes, vous connaissez ? C’est le concept majeur de la pensée sur la mixité, inventé par l’anthropologue Françoise Héritier. Ce podcast nous propose un magnifique portrait de l’élève de Claude Lévi-Strauss qui a jeté les premières bases scientifiques du féminisme.

Lien vers l’épisode

Pourquoi écouter cet épisode de Une sacrée paire d’ovaires

Françoise Héritier a eu un parcours singulier pour s’imposer dans son domaine, l’anthropologie, tout en défendant la cause féministe. Ce portrait retrace les grandes étapes du parcours de cette femme qui a marqué son temps en étudiant de manière scientifique les racines et les causes de la domination masculine à travers les âges. Sans tomber dans les travers de l’idéologie, Marie Bogars dresse un portrait tout en nuances mettant en exergue les principales découvertes de celle qui s’est battue pour redonner aux femmes la place qu’elle mérite dans toutes les sociétés. L’autrice du best-seller Le Sel de la vie, gourmandise littéraire que je recommande à tous ceux et celles qui ne l’auraient pas encore lu, n’aurait sans doute pas renier ce joli portrait. Ceux qui ont aimé ce premier épisode pourront également écouter le suivant consacré à la journaliste russe Anna Politkovskaïa,

Bonne écoute

Verbatim

Quand une femme prend la parole, c’est comme un silence, une corvée et il faut attendre que ça passe puis on reprend entre hommes les discours. Je l’ai maintes et maintes fois vérifié cet espèce de plombage de la parole féminine.

A la campagne, tu apprends les rudiments agricoles et tu participes à la vie de la ferme. C’est dans ce contexte que tu commences tes analyses anthropologiques et sociales. Tu constates que les hommes et les femmes travaillent dans les champs mais seules les femmes cuisinent. La cuisinière de la maison reste debout et tu remarques que les femmes mangent moins que les hommes en se disputant les restes de viandes des hommes. Tu comprends que les femmes et les hommes ne sont pas élevés de la même manière.

En écoutant les cancans du village de tes deux grands-mères, tu développes une qualité indispensable à tes futures études scientifiques : la compréhension rapide des liens de parenté même éloignés. Cette gymnastique mentale est inhérente au métier d’anthropologue.

Tu assistes par hasard à un séminaire d’un grand professeur à La Sorbonne, Claude Lévi-Strauss. Ta vie change à partir de ce cours et tu t’inscris au certificat d’ethnologie et de lettres auprès de celui qui deviendra ton mentor.

Tu postules pour un poste de géographe en Haute-Volta. Ta candidature est tout d’abord refusée car tu es une femme puis acceptée trois mois plus tard à défaut de candidature masculine.

Tu passeras six ans dans ce qui deviendra le Burkina-Faso. Tu comprends qu’il existe une organisation sociale originale : le système omaha, un modèle patrilinéaire. Chaque individu n’est affilié qu’à un groupe et uniquement rattaché aux hommes. Si une femme se marie et fait des enfants, elle ne fera plus partie de son groupe originel mais de celui de son mari.

Tu te rends compte que toutes les espèces et toutes les cultures fonctionnent en catégories binaires en distinguant mâle et femelle, cela à toutes les époques. C’est ce que tu nommeras la valence différentielle des sexes, en d’autres termes la domination masculine.

A ton retour en France, tu poursuis tes recherches sur la question du masculin et du féminin. Tu pointes que la dévalorisation du féminin est apparue dès le moment de création du langage. Le monde actuel réside sur des conceptions sociétales issues des connaissances des hommes de Neandertal : un rapport inégal, hiérarchique entre les hommes et les femmes. Les bases du fonctionnement de la société avec une domination du masculin sur le féminin ont été mis en place par des hommes chasseurs cueilleurs dépourvus de parole.

Les femmes s’abritent sous la tutelle de celui qui est le principe dominant, c’est-à-dire l’homme. Cela peut être le père, le mari, le fils.

Tu disais que les hommes ne peuvent pas enfanter sans les femmes, que les femmes portaient les couilles en elles.

Tu as même dit un jour : « pourquoi est-ce que les femmes ont une puissance que n’auraient pas les hommes. Cela revient à dire : est-ce que les hommes sont nécessaires?

Tu seras élue au collège de France en 1982 à la chaire d’anthropologie en succédant ainsi à Claude Levi-Strauss.

En 1989 tu es nommée Présidente du Conseil National du Sida. Tu feras disparaître les fausses croyances sur le sida : non, le sida ne se transmet pas par un simple baiser.

Tu soutiendras le texte Christiane Taubira concernant le mariage pour tous.

Le Podcast Une sacrée paire d’ovaires

Une sacrée paire d’ovaires, comme son nom l’indique, fait partie de la vague de podcasts féministes qu’on entend de plus en plus. Celui-ci a pour ambition de partir à la rencontre de femmes du monde entier qui ont su s’imposer dans leur domaine et qui sont rentrées dans l’histoire. Marie Bongars développe un format original en s’adressant à chaque femme dont elle dresse le portrait en les tutoyant pour raconter leur histoire. On apprécie l’énorme travail de recherche et de synthèse de Marie dont les paroles nous enveloppent confortablement pour découvrir le côté inspirationnel de toutes ces femmes.

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