PODCASTZAP Vlan 79 Démocratie et réseaux sociaux
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20 minutes pour comprendre comment les réseaux sociaux peuvent menacer les démocraties, c’est l’exploit que réalise Gregory Pouy dans le dernier épisode de Vlan. Un entretien lumineux sur l’usage des réseaux sociaux par les personnes les plus engagées et le traitement de l’information par les médias.

Lien vers l’épisode

L’invité

Nicolas Vanderbiest est l’auteur du blog Reputatio Lab qui rassemble plus de 400 crises ayant eu lieu sur les réseaux sociaux. Il dirige les opérations pour Saper Verdere, une agence spécialisée dans la gestion de crise, le social listening, l’analyse des réseaux sociaux et la gestion de campagnes de communication sur mesure.

Pourquoi écouter cet épisode

Les réseaux sociaux n’ont rien à voir avec la démocratie selon Nicolas Vanderbiest, spécialiste du sujet. L’expert illustre son propos d’entrée de jeu à partir de son expérience de l’affaire Benalla. 1% des auteurs ont publié 48% des tweets au sujet de cette affaire durant l’été 2018.

Alors que la démocratie est un système fermé, les réseaux sociaux s’apparentent à un gigantesque open bar trusté par une minorité de gens engagés par les causes qu’ils défendent. Aujourd’hui la majorité des contenus émanent de gens souvent radicalisés qui se sentent ignorés des médias traditionnels. La suite du mécanisme semble implacable. Comme les algorithmes des plateformes privilégient les contenus à fort engagement, ce sont ceux produits par ces personnes engagées qui monopolisent l’attention. Ces méta informations constituent aujourd’hui la matière première des journalistes.

De ce fait, les réseaux contribuent à l’amplification d’un bruit ambiant sans doute éloigné des préoccupations des individus lambda. Les ingérences étrangères observées durant les élections obéissent à la même logique. Cet épisode est court, dense et hyper intelligent. Pour moi, un modèle du genre en matière de podcast.

Bonne écoute

Verbatim

La différence entre la démocratie et les réseaux sociaux

1% des auteurs ont publié 48% des contenus au sujet de l’affaire Benalla.

La démocratie est un système fermé. Vous ne pouvez pas voter si vous n’appartenez pas au pays et si vous n’avez pas l’âge légal. Sur les réseaux sociaux, tout le monde peut s’exprimer sur un sujet concernant un pays quelle que soit son origine.

Les réseaux sociaux sont un marché de l’information complètement dérégulé et décorrélé où la production est davantage assurée par les gens les plus radicaux. Les radicaux ont compris le pouvoir des réseaux sociaux et l’ont pris.

En démocratie, c’est un homme une voix. Sur les réseaux, vous pouvez vous exprimer plusieurs fois.

Les personnes radicales publient davantage sur les réseaux sociaux car elles ne se sentent pas suffisamment représentées dans les médias traditionnels.

Quand on vote, on peut voter blanc pour exprimer que vous n’avez pas d’avis. Sur les réseaux sociaux, les gens qui n’ont pas d’avis ne publient pas.

1% de producteurs – 10% de personnes qui relaient et 90% d’observateurs.

L’effet wagon : les personnes qui ne savent pas ont tendance à suivre la majorité. Face à une projection de la majorité radicalisée, donc décorrélée, on ne peut produire qu’une société davantage radicalisée.

La gestion de l’information

Les algorithmes des plateformes encouragent ce phénomène. Un bon contenu est un contenu qui engage. Les gens qui produisent des choses radicales sont plus mis en avant que les contenus rationnels.

Ceux qui se structurent dans des communautés sont ceux qui ne se retrouvaient pas dans les médias traditionnels. Petit à petit, vous vous enfermez parmi les gens de votre communauté et vos idées ne correspondent plus à un vivre ensemble. Les gens n’ont plus le même marqueur informationnel.

Les ingérences étrangères jouent sur le cadrage de l’information. Ce n’est pas tant la désinformation ou les fake news qui sont problématiques, c’est le cadrage de l’information en tant que tel. Une information est vraie, c’est un fait mais c’est la façon de la voir qui est différente. Si vous avez toujours la même perception sur les faits, vous créez des corrélations qui ne sont que celles correspondant à votre paire de lunette.

Sur Facebook, j’ai accès à des données qui sont des émotions. La politique est une émotion. Votre religion ou vos préférences sexuelles sont des émotions. Les données psycho démographiques sont disponibles pour les publicités sur Facebook. C’est là que réside le principal problème.

Il y a un essor de la méta information. Les journalistes entrent dans les faits par la méta information. Ce n’est plus l’information qui fait en sorte qu’elle monte dans la ligne éditoriale, c’est la méta information. Le bouleversement réside dans le fait que c’est la masse agissante sur les réseaux qui oriente l’information.

Avant on relayait l’opinion avec un micro-trottoir. Aujourd’hui, le micro-trottoir c’est twitter, c’est à dire des gens qui ont des opinions ou sont le plus mobilisés. On n’interroge plus les gens sans opinion.

Les politiques ne connaissent rien à cette gestion de l’information sur les réseaux sociaux. C’est un énorme problème car ils ne font qu’entretenir le bruit ambiant.

Le Podcast Vlan

Gregory Pouy, qui se définit un analyste socio-culturel, propose chaque semaine son podcast Vlan pour sortir des idées reçues. A travers ses émissions, Gregory essaye de décrypter en compagnie d’un invité les grandes tendances de notre société et l’impact des nouvelles technologies sur le comportement humain. Le format est court (vingt à trente minutes), synthétique mais très riche. On en ressort souvent plus intelligent mais aussi avec beaucoup de questions sur où va le monde.

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