PODCASTZAP : Sismique - épisode 19 L'innovation à l'épreuve de la philosophie
PODCASTZAP
une sélection des meilleurs épisodes de podcasts

L’innovation entretenue par le capitalisme nous conduira-t-elle nécessairement vers avenir meilleur ? Quelle distinction doit-on faire entre progrès et innovation ? Comment réagir quand de nouveaux services comme Uber ou Airbnb bousculent les règles existantes ? Confronter toutes ces questions avec l’angle de la philosophie, telle est la proposition de cet épisode lumineux de Sismique à écouter d’urgence !

Lien vers l’épisode

Pourquoi écouter cet épisode de Sismique

Xavier Pavie nous dresse un panorama lumineux sur les formes et le rôle de l’innovation dans le monde d’aujourd’hui à l’aune de l’histoire des trente glorieuses. L’innovation constitue le principal levier du développement dans le système capitaliste qui drive l’économie mondiale. On ne peut plus parler de progrès mais seulement d’innovation car l’orientation de la recherche est aujourd’hui clairement déterminée par des intérêts privés mûs par le profit. Ceci explique en partie le manque d’investissement au service des problèmes qui touchent les moins aisés comme la famine, l’hygiène ou l’éducation. Sur une planète aux ressources limitées, cette course effrénée risque de nous mener à la catastrophe. La seule solution selon Xavier Pavie : se mettre à penser !

Cet épisode est dense, clair et remarquable. Toutes les facettes de l’innovation sont analysées avec pertinence. C’est, selon nous, un podcast majeur parmi tous ceux que nous ayons pu écouter (ils sont nombreux croyez-nous) sur la vision du monde actuel. Merci Julien et Xavier pour cette discussion de haute volée mais pour autant très accessible.

La prochaine fois que vous verrez la lettre Y, vous penserez à Xavier Pavie vous expliquant les deux embranchements et le chemin de la sagesse.

Bonne écoute

L’invité de l’épisode

Xavier Pavie est un professeur d’innovation et également docteur en philosophie. Il est responsable du parcours Grande école à Singapour à l’Essec et a fondé le centre Imagination qui pense le futur à long terme en confrontant les disciplines.

Verbatim

Le principe d’entropie (qui veut dire transformation en grec) est utile pour caractériser l’analyse du futur. Au fur et à mesure que le temps avance un système devient de plus en plus désorganisé et de plus en plus complexe.

Les ruptures paradigmatiques ont toujours eu lieu dans l’histoire de l’humanité. La perception que notre époque actuelle semble être un bouleversement n’est pas tout à fait exacte. Ce n’est qu’une continuité du temps et de l’espèce humaine. La seule différence, c’est qu’aujourd’hui on s’aperçoit des conséquences et des effets de ces ruptures comme par exemple l’impact environnemental.

La mondialisation a accéléré les phases de diffusion et de digestion des ruptures et des innovations. Schumpeter disait que l’innovation met et maintient en mouvement la machine capitaliste. Comme nous sommes tous mués par ce même moteur à l’exception de quelques pays, il y a désormais une course contre la montre permanente autour de l’innovation. Sa définition était la suivante : c’est l’exploitation industrielle des inventions et leur dissémination d’où leur importance économique.

Il y a 4 catégories d’innovation : la commercialisation, le process, l’organisation et le produit. On distingue 3 degrés d’innovation : incrémental (amélioration de ce qui existe déjà), disruptif (avec un apport technologique), paradigmatique (les grandes découvertes scientifiques qui bouleversent les modes de vie comme internet par exemple). On a donc 12 formes d’innovations possibles.

La notion de progrès est une notion désintéressée d’un enjeu financier profitable alors que l’innovation est intéressée du fait d’être opérée par des organisations privées qui cherchent du profit.

Il y a eu clairement un abandon des politiques publiques autour de l’investissement dans les sciences et la recherche désintéressée. Ce qui était confié autrefois aux écoles et aux centres de recherche a été privatisé.

On est tombé dans une forme de recherche à l’américaine qui repose sur 3 piliers : une institution publique (ex: Nasa), une institution académique (ex : MIT) et une institution privée (ex : SpaceX d’Elon Musk). Cette façon de faire devient la norme.

En France, le CNRS peut être totalement détaché de fonds privé et de résultats profitables. Ce n’est plus le cas dans d’autres pays comme la Chine où l’on souhaite un retour financier.

Les problématiques de l’hygiène, de la famine ou de l’éducation sont bien plus simples à résoudre techniquement que de faire partir une fusée dans l’espace avec une possibilité de retour. Mais ces questions n’ont pas de retour financier suffisamment tangible.

Les innovateurs ont souvent des problèmes à résoudre avec eux-mêmes. Ils pensent être capable de résoudre des problèmes simples ou complexes : inventer un uber pour trouver des taxis dans la rue. Ils construisent en dehors des choses existantes.

Les innovateurs sont hors des règles et ne comprennent pas les résistances. Les innovations font souvent face à un vide juridique et troublent : faut-il faire payer une taxe de séjour à Airbnb? L’innovateur construit un nouveau monde et fait des choses auxquelles personne n’avait pensé auparavant.

L’injonction permanente à l’innovation est un piège : si je n’innove pas je meurs. C’est un manque d’éducation et de prise de conscience lié à l’incapacité de prendre de la distance par rapport à ce qu’on fait.

Aujourd’hui, nous ne savons pas pourquoi nous faisons les choses. Nous ne savons pas pourquoi nous voulons un smartphone avec une meilleure batterie quand bien même cela nuit à notre planète. Les innovateurs sont responsables du monde qu’ils construisent. S’ils ne prennent pas conscience de cela, ils nuiront à la société.

Notre seule façon de penser est le modèle capitaliste : la seule façon de pouvoir être heureux est d’accroitre l’économie, l’économie va générer de l’emploi, l’emploi va générer de la richesse qui va permettre de dépenser et d’être heureux. On est toujours sur le schéma des trente glorieuses qui a fonctionné. Mais la terre est un système fini que nous ne faisons qu’appauvrir. Notre nécessité à court terme s’oppose à la nécessité long terme.

Lorsqu’une entreprise innove avec responsabilité, il est prouvé que ses profits sont supérieurs à ceux des entreprises qui ne le font pas.

Aujourd’hui nous enseignons l’innovation comme il y a quarante ans. Comment faire en sorte d’avoir des innovateurs et des consommateurs éclairés ayant reçu une nouvelle pédagogie. L’argument du prix et l’absence de réflexion ont énormément pesé.

Voulons-nous une vie authentiquement humaine ou pas ? Nous pouvons effectivement ralentir. Si nous pensons qu’il faut protéger la planète, cela peut être paraître assez abstrait. En se disant qu’on veut être végétarien, on s’intéresse à son rôle vis-à-vis des autres dans la société et on se redessine soi-même en développant une nouvelle esthétique de l’existence comme disait Foucault qui serait différente de celle que nous avons reçue durant les trente glorieuses.

Dans notre vie personnelle, la création et la destruction sont intimement liées. C’est la même chose dans l’économie avec Uber et les taxis. L’élan vital nous pousse en dehors des règles et de ce qui est admis. L’innovateur est hors norme et peut affirmer une volonté de puissance.

Les questions techniques de type IA, IOT doivent être dépassées. La créativité de l’individu est une opportunité de montrer que l’humain reste au-dessus de la machine. L’avenir est optimiste dès lors qu’on apprend à penser et à réfléchir pour reléguer la machine sur un plan secondaire.

Si nous ne changeons pas puisque le monde change alors nous régressons.

Le Podcast Sismique

Sismique est un podcast qui s’interroge sur la marche du monde. A l’heure où tout bouge, l’animateur Julien Devaureix tente de comprendre la bascule qui s’opère actuellement dans nos sociétés en matière d’environnement, d’économie, de politique et de démographie A travers ses entretiens avec des intellectuels et des experts, il essaye de nous éclairer sur notre futur. Un seul objectif : se préparer pour anticiper et mieux préparer le monde de demain. Un épisode tous les 15 jours d’environ 70 minutes en moyenne qui vous rendra plus intelligent sur les sujets évoqués. Faites comme nous, abonnez-vous !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Category

Uncategorized