PODCASTZAP : Backstage, le podcast - Bruno Tessarech, écrivain fantôme
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Un écrivain fantôme qui dévoile le dessous des cartes de l’édition, voilà le contenu de cette pépite audio. On sait tous que la plupart des célébrités sont incapables d’aligner deux chapitres à la suite alors qu’elles inondent régulièrement les rayons des librairies. L’écriture est une épreuve bien trop sérieuse. Et ce métier de co-auteur ne date pas d’hier comme on l’apprend dans cet épisode au sujet d’Alexandre Dumas à qui l’on doit l’origine du mot nègre.

Lien vers l’épisode

Pourquoi écouter cet épisode de Backstage, le podcast

Le monde de l’édition est un milieu très fermé où peu de secrets fuitent. Et c’est encore pire lorsqu’on évoque le métier de co-auteur (quelle abomination diront certains), plus communément appelé nègre, dans notre beau pays où la littérature possède une si grande place. A travers les confessions et les anecdotes d’un écrivain fantôme, on apprend une foule d’informations sur les pratiques de ce secteur.

Bruno Tessarech évoque avec malice et en toute sincérité les multiples facettes de son métier. Sans révéler l’essentiel, à savoir l’identité de tous ses clients, il n’élude aucune question sur son art et parle ouvertement d’argent ce qui est très rare pour être souligné. Les chiffres énoncés sont d’ailleurs assez édifiants quand on connaît la dure réalité des écrivains romanciers en France. Ayant pratiqué les deux métiers de co-auteur et de romancier, son analyse comparative de ces deux formes d’exercice littéraire se révèle passionnante. En l’écoutant, on comprend rapidement qu’il ait pu gagner la confiance d’une trentaine de célébrités pour co-écrire avec intelligence et finesse leurs récits. Quelques noms sont cités : Jean-Claude Camus, Cavada, Jean Lassale, Nicolas Hulot, Laurent Gerra mais tout cela reste évoqué avec simplicité et sans tabou. Et cela malgré une première expérience très éprouvante avec le meutrtier Patrick Henry, sans doute une autre paire de manche par rapport à un sélectionneur de football ! Un tour de force cet épisode, vous dis-je, qui devrait ravir les passionnées de littérature mais aussi ceux qui s’intéressent aux célébrités.

Bonne écoute

L’invité de l’épisode

Auteur de 10 livres en nom propre dont le roman Art nègre paru en 2013 chez Buchet-Chastel, Bruno Tessarech a écrit une trentaine de livres en tant qu’écrivain fantôme ou co-auteur. Plusieurs célébrités sont ainsi passées à confesse avant de retrouver leurs récits sous leur nom grâce à sa plume.

Verbatim

Ma première commande a été épouvantable : Patrick Henry, le meurtrier d’un enfant dans les années 70. J’avais quand même en face de moi un gars qui a tué un gosse d’une manière sordide. C’était éprouvant. Après cela, je n’ai pas pu écrire pendant 3 ans pour moi-même ou pour les autres.

Contrairement à une légende répandue au sujet de la confidentialité, sur 35 contrats, je n’ai vu apparaître la clause de confidentialité que quelques fois pour une raison simple : c’est une question d’intérêt. Le co-auteur qui se répandrait partout sur la paternité de tel bouquin n’en ferait aucun autre après. On apparaît en général dans les remerciements.

N’importe quelle vie tient en une douzaine d’heures d’entretiens préparatoires. Si on dit cela aux personnes avec lesquelles on travaille, ça leur est insupportable car ces personnalités ont le sentiment que trois semaines de travail à raison de huit heures par jour n’y suffiraient pas. Le maximum que j’ai pu faire c’était une vingtaine d’heures d’enregistrement. Mais je l’ai fait pour faire durer le plaisir et ne pas frustrer la personne en face de moi.

J’ai travaillé avec des célébrités qui n’ont pas relu le texte que je leur soumettais. Quand en interview, une personne connue parle de son livre dans un média en disant : « je crois que dans mon livre je dis ça ou il me semble que c’est bien expliqué », c’est assez mauvais signe.

Écrivain fantôme est une activité très lucrative. Mes trois meilleures ventes ont fait un million d’exemplaires sur lequelles j’ai touché 2 à 3% des ventes. Les à-valoir sont élevés (entre 100 000 et 150 000 euros) car l’éditeur est demandeur. Si les ventes dépassent l’à-valoir, c’est tout bénéfice.

Le domaine des romanciers est comme celui des comédiens : une quinzaine de stars gagnent beaucoup d’argent et en dessous on tombe très vite très bas. Mais on est dans le domaine de la création.

Un écrivain fantôme gagne beaucoup plus d’argent qu’un romancier.

On vend son âme au diable en devenant écrivain fantôme : écrire beaucoup pour d’autres vous dissuade d’écrire pour vous-même. Là on vous fournit le personnage, l’intrigue et il ne reste plus qu’à mettre cela en forme.

Beaucoup de personnes connues sont beaucoup plus complexes, mystérieuses et surprenantes que l’image qu’on en a. Il faut arriver à transformer la personne en face de vous en personnage ou en héros. Il y a quelque chose de romanesque à débusquer cette zone de mystère ou de fragilité.

Le réel a une résistance à la fiction.

L’utilisation de la forme dialoguée diminue le nombre de ventes. Les lecteurs ont besoin de la fiction du je qui raconte. C’est un travail de magicien. Tout le monde sait que c’est de la magie mais ça marche comme ça. Si on connaît le truc ça marche moins bien.

Le métier de co-auteur est né au dix-neuvième siècle avec Alexandre Dumas et l’écrivain Auguste Maquet. A partir de cette époque, les écrivains vivent de leur plume et font appel à des co-auteurs.

Dans le cas d’un roman, c’est l’écrivain qui est demandeur. Dans le cadre des célébrités, c’est l’éditeur qui propose à une personnalité de faire un livre et lui amène des solutions pour le faire. Il flatte son égo car l’écrit reste très fort dans notre société.

Les éditeurs regardent sans arrêt le classement des personnalités préférées des français. C’est l’une de leur source de travail pour les contacter.

On dit que Maquet aurait écrit la saga des trois mousquetaires. Quand Maquet meurt les livres de Dumas tombent dans l’anonymat. Tous ses romans célèbres ont été faits du temps de Maquet.

 

Le Podcast Backstage

Un podcast sur les femmes et les hommes de l’ombre qui font la culture, ça vous tente ? Le premier numéro de Backstage, le podcast est une vraie réussite. Si tous les futurs épisodes se révèlent aussi riches que le premier par la qualité des invités et de leurs récits nul doute que ce podcast devrait rapidement grimper dans le classement des écoutes. Bravo Margot Delpierre !

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